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Ô sole skis

Venise est l’un des lieux improbables pour fabriquer des skis. À un coup de vaporetto de la place Saint Marc, Franco et Maurizio sortent des petites séries de skis tout en bois, dans l’atelier où sont fabriquées les gondoles. Ski Time y était.

Freepresse.com, le 27/12/2007

Maurizio est un magicien du bois», lance Franco Sonzogno, ancien employé des télécoms italiennes aujourd’hui en retraite, passionné de ski (qui passe une partie de l’hiver à Corvara dans les Dolomites) et créateur de la marque Stradivarius. Il m’explique cela en marchant vite dans le labyrinthe de Venise, fumant d’étranges cigares suisses tordus et âcres. «Il utilise du bois italien et slovène principalement, différentes essences selon la dureté et les caractéristiques mécaniques désirées». Stradivarius est un peu plus qu’une lubie de jeune retraité, c’est la réalisation d’un homme débordant d’idées, qui prouve qu’avec un peu d’énergie, on peut construire une marque de ski différente, même loin de la montagne.


C’était un coup de chance qu’il rencontre Maurizio Raunitsch, grand connaisseur du bois, artisan et fabricant de gondoles. Après un passage dans les usines de la marque Blossom, Franco a trouvé tout près de chez lui, à Venise même, ce qu’il cherchait : un atelier assez soigneux pour fabriquer ses modèles haut de gamme, tout en bois, à 1200 euros minimum (sans fixations). Le couple fonctionne bien, la production est de 200 paires par an, pas plus. Les skis sont vendus dans une toute petite sélection de magasins dans les Dolomites et au «Club Stradivarius», 120 personnes qui bénéficient des produits en co branding Stradivarius : lunettes, montres, tenues, casquettes, combis de descente, gants. Mais pas de violons.


Prendre son temps


L’usine de Maurizio traverse toute l’île de Giudecca avec ses bâtiments en briques rouges qui hébergent, entre autres, un atelier de menuiserie, une fonderie, un atelier de fabrication et de réparation des gondoles. «Pour les skis, j’utilise cette presse qui sert normalement à fabriquer des meubles. Elle est plate et chauffe lentement, on met les skis le soir et on les récupère le matin. Dans les presses traditionnelles, il faut aller vite, en 20 mn, ici on a le temps, on privilégie la précision. Je me suis inspiré de l’approche de Stöckli», explique Maurizio en nous guidant entre les empilements de morceaux de bois de toutes les formes.

Grâce à lui, Franco a pu améliorer la qualité de ses skis (il propose principalement des modèles alpins, mais aussi de freeride et de freestyle, même si ce n’est pas sa spécialité) avec un noyau bois qui suit la forme de la spatule et du talon et qui est très épais, «plus efficace pour absorber les vibrations qu’une plaque en titanal qui les transmet», raconte-t-il. «Stradivarius, c’est comme un tailleur qui fait du sur-mesure», poursuit Franco, d’ailleurs le jour de ma visite un architecte vient prendre livraison de sa paire à la déco personnalisée.


«Nous ne mettons pas en avant la compétition mais “l’harmonia et l’arte di vivere”» continue-t-il. Il propose aussi des skis en carbone pressés à vide chez l’un des membres du Club Stradivarius qui travaille aussi pour Ferrari. «Nous travaillons avec un verrier de Murano pour la déco d’un des modèles et nous allons offrir un ski spécial appelé "Daniel” à Elton John». Finalement, Stradivarius ressemble bien à sa ville, Venise : dépassée malgré elle par son propre kitsch, mais c’est impossible de ne pas l’aimer.


 


©photos : Freepresse