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L’œil de Jay

Jay Michelfelder, 24 ans, est Photo Editor du magazine américain Freestyler. Issu du skateboard et de la mode, il livre sa vision du monde du ski par le bout de sa lorgnette.

Freepresse.com, le 11/02/2008

Quel est le style que tu aimerais apporter à la photo de ski ?

J’ai étudié la photo de studio à l’université et j’ai travaillé pour un magazine de skateboard. Donc j’essaie d’apporter un peu d’esthétique skate dans le ski : l’utilisation de flashes et l’intégration des tricks dans un contexte, car ce qui différencie un handrail ou un 720 d’un autre, c’est ce qu’il y a autour, en ski comme en skateboard. J’essaye même de donner l’impression qu’une photo de ski a été prise en studio, avec la même qualité d’éclairage. Je crois que le ski freestyle ressemble de plus en plus au skateboard.

Tu préfères shooter le freestyle (freeskiing, en anglais) ?

Oui, il y a plus de contrôle sur l’éclairage, on peut mieux travailler avec le skieur et c’est moins dangereux. Je pense qu’il y a deux types de photographes : la première catégorie adore le ski et la photo est un moyen de rester en montagne, ils savent capturer une action en montagne mais rien de plus. L’autre catégorie est avant tout photographe, skieur ensuite. Je fais partie de ceux-là. Nous travaillons à la fois l’esthétique et la technique et nous sommes capables de shooter une action, un portrait ou une ambiance. Dans Freeskier, je montre ces deux styles et des photographes comme Flip Mc Cririck ou Greg Von Doersten, que je classe dans la première catégorie, sont incontournables et ont apporté beaucoup à la photo de ski.

C’est ton premier séjour en France à l’occasion des Tignes Airwaves. Comment as-tu trouvé nos montagnes ?

Difficile à dire car il n’y avait pas beaucoup de neige ! Mais vos montagnes sont clairement plus grandes et plus dangereuses que n’importe quel autre endroit où je suis allé. C’est même un peu intimidant ! Pour un photographe de freeride, le terrain est difficile : c’est compliqué de se déplacer, d’organiser les sessions, il n’y a pas d’hélico ou de motoneiges qui facilitent les accès. Et pour le park, il n’y en a pas de bons. Il y a également moins de bons skieurs pour bosser (je ne dis pas qu’ils sont moins forts, mais ils sont moins nombreux). Je crois que pour toutes ces raisons, il est plus difficile pour un photographe français de ramener de bonnes images.

Et les riders français ?

Je travaille régulièrement avec Loïc Collomb-Patton et Marie Martinod pour Dynastar. Loïc est très fort avec un beau style. Marie, elle, se distingue vraiment des autres filles par ses tricks, c’est par exemple la première à avoir passé un Mc Twist aux derniers XGames.

Tu vois des différences entre les skieurs des différents pays sur un shooting ?

Non, la différence se situe entre ceux qui ont l’expérience des shootings et ceux qui n’en ont pas. Dès que les skieurs ont un peu d’expérience avec les photographes et les réalisateurs, ils savent ce qu’il faut faire et tout se passe bien. Je crois que les skieurs américains grandissent en ayant l’habitude de shooter avec leurs potes, ils sont plus habitués à cet environnement, prêts à travailler avec un crew. Mais au final, tout le monde apprend.

Quelle est le futur de la photo de ski selon toi ?

Maintenant, la tendance est au flash, au style studio, mais je crois que les photographes vont être fatigués de porter tout le matos en backcountry. Pour shooter un rail par exemple, je porte 30 kilos de matériel ! Je pense que l’on va revenir à une lumière moins artificielle, avec moins de flashes, une esthétique moins skateboard, comme elle était il y a dix ans.