Commençons par le début : d'où vient l'eau ? Les modes d’approvisionnement des usines à neige sont multiples et n’ont pas tous le même impact sur l’environnement. Entre prélèvement direct dans les torrents ou les lacs, l’utilisation d’eau potable, d'eau contenue par les barrages EDF et d'eau des retenues d’altitude, que choisir ? D’après les travaux menés par Alain Marnezy et Jean-Paul Rampnoux de l’université de Savoie présentés lors du deuxième congrès international de l’eau à Megève en septembre 06– tout est une question de timing. « Il existe une dissociation entre les calendriers, explique Alain Marnezy. D’une part, les stations ont besoin de neige de décembre à avril. La production de neige commence en novembre et se termine, en général, fin avril. D’autre part, dans la nature, la période de hautes eaux s’étend du mois d’avril au mois de juin juillet, voire août. Durant l’hiver, c’est l’étiage, la baisse du niveau des cours d’eau. » Conclusion, quand les usines à neige ont besoin d’eau, le prélèvement direct dans la nature n’est pas la meilleure solution.
Impacts
« L’hiver est la période de reproduction des poissons, précise Jean-Yves Vallat, vice-président de la fédération de la Savoie pour la pêche et la protection du milieu aquatique. Si on prélève de l’eau dans les torrents de montagne à ce moment-là, on met en danger la faune aquatique, alors qu’avec l’étiage, les niveaux sont déjà bas. » Le développement des retenues d’altitude est censé limiter les prises d’eau dans le milieu naturel. Pour Jean-Yves Vallat, ces immenses bassins de rétention d’eau sont « la moins pire des solutions », même si plusieurs problèmes subsistent encore selon lui : « Lorsque la demande en eau est forte en hiver, les réserves faites en été ne suffisent pas toujours à répondre à la demande. L’eau est donc soit prise dans la nature, et on a vu les risques encourus, soit on utilise l’eau potable. Il y a alors un conflit d’usage, car la période des vacances d’hiver est celle où les stations ont le plus besoin d’eau potable. » Jean-Yves Vallat n’oublie pas non plus les questions de l’intégration dans le milieu de ces réserves et des zones sur lesquelles elles sont installées. Une question qui préoccupe également Vincent Neirink, de Mountain Wilderness France : « En plus d’être potentiellement dangereuses pour les zones situées en aval, les retenues sont en général construites sur le peu de terrains plats qui existent en montagne. Et il s’avère que ces terrains sont le plus souvent des zones humides, repères de certaines espèces qui risquent donc de disparaître. » Un problème qui se pose aussi pour les parties de domaines skiables qui subissent un enneigement prolongé du fait de leur couverture de neige de culture.
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Pas d'additif
Pour Françoise Dinger, ingénieur du Cemagref à la retraite, « il faut rappeler que la neige artificielle a les mêmes caractéristiques que la neige naturelle, notamment en termes d’isolation thermique du sol. Les damages répétés et les retards de fonte ont des impacts négatifs sur la végétation qui est sous la neige. Certaines espèces précoces sont donc en danger. » Le danger aurait pu venir également, selon certains, du Snowmax, le fameux additif qui était ajouté à l’eau destinée aux canons à neige, jusqu’à il y a peu. « Nous avons fait des recherches sur le Snowmax dès 1992, raconte Françoise Dinger. La bactérie contenue dans ce produit ne se retrouvait pas sur le terrain et son impact était vraiment réduit. » Des résultats plutôt favorables à York, la firme fabriquant le Snowmax. Mais, pour couper court à toute polémique, l’additif n’est désormais plus utilisé dans les stations françaises.
Garantir la saison
« Aujourd’hui, nous ne produisons de la neige qu’avec de l’eau et de l’air, explique Guillaume Riguet, directeur adjoint de la régie des pistes de Tignes. Nous avons modifié le ratio eau/air dans le processus de fabrication et nous obtenons de la neige de qualité égale à celle que nous avions avec le Snowmax. Mais le rendement est un peu moins bon. » À Tignes cet hiver, ce seront près de 300 canons à neige qui jalonneront 30 km de pistes. Des installations d’enneigeurs qui se poursuivent un peu partout sur les domaines skiables français. Et avec elles, les retenues collinaires qui les accompagnent. Ainsi, au Grand-Bornand, en Haute-Savoie, on a vu grand car c’est un bassin de 400 000 m3 qui a été creusé cet été. Des retenues de plus en plus grandes donc, et des canons à neige implantés de plus en plus haut : l’été dernier, Val d’Isère a installé et fait fonctionner une trentaine d’enneigeurs sur le glacier du Pisaillas, à plus de 3 000 mètres d’altitude, pour relancer son activité de ski d’été. Même s’il dit espérer l’arrêt de l’implantation de canons à neige car « notre objectif n’est pas de reconstituer un glacier », Guillaume Riguet admet que « l’économie locale touristique dépend du domaine skiable et de son activité. La neige artificielle est une obligation pour faire vivre une station de ski aujourd’hui. » Dans une brochure, censée légitimer l’utilisation de la neige artificielle, l’Association nationale des maires des stations de montagne et le Syndicat national des téléphériques de France exposent que « les stations se doivent de fiabiliser leur produit touristique en assurant un minimum d’enneigement en début de saison [afin de démarrer la saison à date fixe et programmable]. En Europe, tous les tour opérateurs imposent un minimum d’équipement en neige de culture avant de commercialiser une station. » Une course à la neige artificielle qui ressemble plus à une fuite en avant pour s’assurer toujours plus de neige et de skieurs, alors que les évolutions climatiques montrent, comme le précise Pierre Etchevers du Centre d’études de la neige, que « les précipitations neigeuses ont déjà diminué, sont plus tardives, et vont se réduire encore. On perdra un à deux mois d’enneigement naturel. » La question est donc de savoir jusqu’où les stations seront-elles prêtes à aller pour garantir le manteau blanc de leur domaine, et l’argent qu’il peut rapporter. Les canons à neige, dernière arme contre le réchauffement climatique ? |