Il y a fort à parier que vous ne connaissez pas (ou peu) le Grand Raid. Assez confidentielle, la compétition ne fait pratiquement pas de pub : difficile donc d’en avoir entendu parler si l’on n'est pas du métier. Pourtant faites-le test, demandez à un freerider quelle est la compétition de ski hors-piste qu’il préfère, ou du moins qu’il connaît. Une chance sur deux qu’il vous réponde le Grand Raid. Pourquoi ? « C’est une course qui demande de l’engagement et de la technique, en plus on skie à vue, sans reconnaissance. C’est vraiment l’esprit du freeride » nous répond Cyril Meynet, vainqueur de l’édition 2006 avec son cousin Erwin Gerola. Nous ne sommes pas dans une compétition freeride avec des règles, des juges, toute une machinerie de mise en scène du sport. Le Grand Raid conserve son côté "fait main", où même Seb Michaud aide à porter les cartons de bouteilles d'eau dans l'hélico. Et Hervé Favre (organisateur du Grand Raid avec Evolution 2) d’ajouter « on court quelles que soient les conditions. Même les meilleurs arrivent en bas complètement lessivés ! ». Voilà sans doute la définition d'une vraie compétition freeride !
Le principe est simple. Deux personnes par équipe, plusieurs spéciales avec pour seul juge le chrono. Les équipes sont réparties par type de skieur (pro et amateur), par pratique (ski, snowboard et mixte) et par sexe (on doit vous expliquer ?). Le chrono se déclenche au départ des deux coureurs de l’équipe et s’arrête quand les deux ont franchi la ligne d’arrivée. Et pour rajouter du piment, il ne faut pas louper les quelques portes pendant la descente. Ensuite on additionne les temps et l’équipe la plus rapide gagne. Mais ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air. « C’est du ski intelligent. Tout se joue à la seconde. Une chute et c’est foutu. Les gagnants sont ceux qui savent le mieux lire le terrain », souligne Hervé. Car il ne faut pas oublier que les terrains ne sont pas préparés, et l’accident est vite arrivé comme on dit vulgairement. « Quand je pars, j’ai les victoires en tête, c’est le côté jouissif. Mais les souvenirs d’accidents sont là aussi. D’un côté, l’envie de gagner et de l’autre la peur » nous confie Cyril Meynet. Lors du Grand Raid Masters, qui réunissait 10 ans de vainqueurs sur les pentes de Courmayeur, Jean-Michel Gouadain a littéralement explosé en vol. Rien de grave mais une chute impressionnante sur neige béton qui indique le niveau d'engagement de ces skieurs dans le Grand Raid.
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KL sauvage
Le Grand Raid voit le jour en 1992. Une époque où le freeride de compétition s’appelait alors Raid Blanc et Grand Défi. Créé au départ pour les amateurs, ce derby se déroule sur l’Espace Killy : les premiers vainqueurs sont les pisteurs et les guides. Trois ans après le début de l’aventure, les Arcs et La Plagne viennent s’ajouter à Tignes et Val d’Isère dans la liste des spots hors-piste. Puis arrive 1999, le nouveau virage, la compétition devient « plus freeride » et vient se poser dans la vallée de Chamonix. Puis c’est le retour aux sources, jusqu’en 2003 le Grand Raid revient à ses premiers amours, Val d’Isère et Tignes. Depuis, il s’est ouvert aux skieurs pro, attirés par l’engagement de la compétition et s’organise toujours dans le format d’un tour de raid sur les plus beaux massifs. Depuis trois ans, Le Grand Raid est organisé dans le format d’un tour de raids sur les grands massifs de ski en France : l’occasion de skier sur les plus beaux spots hors-piste partout en France.
En seize ans, le leitmotive est resté le même : « la descente », dans une ambiance où les amateurs côtoient les meilleurs. Un des aspects qui rend d’ailleurs cette compétition si sympa. « Dormir dans un refuge avec un Gaidet (Manu), un Michaud (Seb) ou un Chicherit (Guerlain) quand on est un skieur amateur, c’est exceptionnel : ça apporte une dimension humaine. On ne voit pas ça dans les autres sports », ajoute Hervé. Et puis voir passer Cédric Pugin, vainqueur du Grand Raid Masters en avril dernier, comme une tornade dans une neige trafolée, le pantalon qui claque au vent, bien posé sur ses pieds, droit dans la pente, c'est une belle leçon de ski. Voir les frères Genevray et Meynet, Michaud, Troubat, Chicherit dans ce KL sauvage et improvisé qui teste les vraies qualités du skieur, c'est plus impressionnant qu'un gros saut de barre dans une vidéo américaine. La différence, c'est qu'au Grand Raid, ces pros skient dans la même neige que le skieur passionné (qui n'a pas les moyens de se payer la poudre d'Alaska). Les skieurs du Grand Raid nous rappellent aux fondamentaux du ski : skier vite et bien dans toutes les conditions de neige. Rendez-vous en 2008 pour la dix-sept édition du Grand Raid.
© Photos : chamelix.com |